Les anciens de la commune vous le confirmeront, jusqu'aux alentours des années 1950, le village d'Upaix  apparaissait au coucher du soleil comme une tâche rose au haut de la colline. L'explication était simple, le village était entièrement bâti avec du gypse local riche en composés ferreux qui, au fil du temps, par oxydation prenait une teinte rosâtre. Les hauts pans de murs, ruines des maisons existantes autrefois, étaient le témoignage visible de l'utilisation continue du gypse transformé en plâtre.

Il faut dire que le vieux village d'Upaix ainsi que le site médiéval de Lazer furent construits sur un diapir de gypse en forme de croissant dont les deux pointes émergent l'une à Lazer l'autre à Upaix.

Les enquêtes menées auprès des populations locales par Marie Pierre ESTIENNE, Nathalie NICOLAS dans le cadre de "l'ECOMUSEE DES PAYS DU BUECH" ainsi que celles de Philippe BERTONE et Sandra BUISSON de "l'Association de Valorisation de Gypse et du plâtre dans les Alpes du Sud" permirent de comprendre l'origine du bâti local.

Celui- ci se situe à plusieurs niveaux :

Tout d'abord pour ce qui concerne les constructions individuelles , un four à plâtre était réalisé de façon sommaire à proximité de la construction. On y chauffait au bois (jusqu'à environ 80°) des blocs de gypse extraits localement, ceux-ci étaient ensuite écrasés après cuisson et transformés en plâtre grossier utilisé comme mortier à bâtir. Ce type de construction pouvait prendre une forme plus élaborée avec réalisation de coffrage de soutènement que l'on peut facilement reconnaître par la présence de fragments de gypse mal cuits ou de restes de charbon de bois dans les linteaux. A noter que les blocs de Cargnole qui sont généralement noyés dans les gisements de gypse étaient taillés sommairement et utilisés comme pierres d'angle (ceux-ci sont articulièrement visibles sur  les arêtes des contreforts de l'église d'Upaix.

Ce type de production de plâtre utilisé comme mortier de façon très artisanale a fonctionné jusqu'aux années 1940 et il m'est personnellement arrivé d'aller avec mon grand-père au début de l'hiver faire du plâtre : celui-ci creusait un four très sommairement aménagé sur le site de gypse et il faisait cuire les blocs de gypse. A titre anecdotique mon grand-père allumait le feu avec quelques fagots de sarments de vigne mais le bois de chauffage était prélevé localement. Les blocs après refroidissement étaient ramenés à la ferme où ils étaient écrasés à l'aide du rouleau en pierre généralement utilisé pour les céréales..

Parallèlement sur les sites d'Upaix et de Lazer se sont développés des productions à caractère plus industriel. C'est ainsi que l'on retrouve sur la commune de Lazer d'une part un four à coulée continue qui a fonctionné jusqu'aux années 1920 puis un four périodique (ensemble de trois fours : un en chargement de blocs de gypse, un four en chauffe, un four en cours de déchargement). Ces fours étaient chauffés avec "des boulets de charbon de "Briancon" acheminés depuis la gare de Laragne. Ce système produisait un plâtre fort blanc sous l'appellation Plâtre Ricart de Laragne vendu dans plusieurs parties du Monde.. A titre anecdotique M. Elie Dethez qui travailla à la société Ricart de 1926 à 1962 a vu des sacs de plâtre Ricart  à Alexandrie en 1931.

L'effondrement d'une galerie d'extraction à Lazer dans les années 60 scella définitivement la fin de la production locale de plâtre.

A Upaix, on retrouve facilement les traces de l'emploi du plâtre comme mortier, reconnaissable des éléments de façades de couleur rosâtres. Quant à l'utilisation du plâtre fin et blanc en gypserie, vous le retrouverez dans l'escalier du château d'Upaix actuellement en cours de restauration.

Près de l'Eglise d'Upaix, un vieux pigeonnier bâti sur les restes de l'enceinte fortifiée du village et, un moment promis à la destruction, a été restauré en 2001 sous l'impulsion des Associations de Valorisations du Patrimoine précédemment citées et avec le soutien de la commune d'Upaix. La restauration a porté sur la réfection des boulins intérieurs et sur l'enduit du bâtiment avec du plâtre local fabriqué à l'ancienne sous les conseils de Philippe Bertone.

Il y a fort à parier que dans un siècle, le pigeonnier aura lui aussi pris cette teinte rosâtre si caractéristique du vieil Upaix.... mais sans attendre, vous pouvez participer aux circuits de la Route de  Gypse et du Plâtre dans les Alpes du Sud qui vous permettront, au passage, de visualiser les anciens sites d'extraction et de traitement du gypse ainsi que les gypseries en cours de restauration à Upaix.

Yves Chevallier

Association "Castrum de Upaysio"

Association "Valorisation de Gypse et du Plâtre dans les Alpes du Sud"